Ce genre de raisonnement est tenu par ceux qui sont soulagés dès qu'ils trouvent un bouc émissaire : il suffit de le sacrifier pour que tout aille mieux. La pensée du bouc émissaire est souvent sociobiologique : il suffit d'enfermer les tarés ou de les empêcher de se reproduire..... »
C'est une réflexion qui donne à réfléchir...
Rappelons-nous notre histoire de France : quels étaient les boucs émissaires de la dernière guerre ? Cette pensée simpliste et acceptée a entraînée un des plus grand génocide...
Je me pose une simple question:Qu'est ce qui rend la morsure d'un chien douloureuse, délabrante, mortelle si ce n'est la présence des
dents !!!
Et si je proposais une loi qui oblige tous les propriétaires de chiens a faire enlever les dents de leur animal à partir de l'âge de 15 mois et le problème sera résolu...humour noir
oui....cynisme oui...absurde oui çà c'est sûr mais pas plus que de réduire la problématique des morsures à une catégorisation, pas plus que de vouloir condamner et tuer des chiens pour délit de
sale gueule. (J'utilise sciemment le verbe tuer car le verbe euthanasier est pour ma part une édulcorisation de l'acte venant du grec euthanos qui veut dire endormir,il ne me semble pas que
lorsque le praticien ôte la vie à un animal, il l'endorme, il le tue, appelons alors honnêtement « un chat,un chat.. !) .
Qui sont ces proprietaires de chiens mordeurs:
Je ferais abstraction des propriétaires appelés « délinquants » utilisant le chien comme une arme ou à des fins de combat, je ne suis
pas formée pour travailler avec ces gens là et en aparté, je pense qu'il serait peut-être intéressant de se poser la question suivante : est ce que tous les propriétaires de chiens de
1er ou de 2eme catégorie doivent-ils être ramenés à des délinquants en puissance ????...
Dans une agression avec morsure, il y a trois êtres vivants ou deux êtres vivants : le chien, le propriétaire du chien, la personne mordue, ou deux êtres vivants le chien et le propriétaire du chien.En posant la question quel est le dénominateur commun dans ce type d'agression, la plupart des réponses sont : le chien. Pourquoi ? simplement parce que c'est lui qui mord.
Moi je vois autre chose et je réponds : le propriétaire du chien, celui que nous appelons communément « le maître », et je vais m'intéresser à elle ou à lui.
La plus grosse moitié de mes consultations en tant que comportementaliste le sont pour agressivité du chien, ou morsures sur un être humain
dans la cellule familiale, que cela soit l'enfant ou l'adulte, ou une personne extérieure, comme beaucoup d'entre nous.
En face de moi, je ne vois pas le propriétaire d'un chien qui mord, je vois un être humain en difficulté, la plupart du temps démuni, accablé, consterné, culpabilisé et montré du doigt par la
« société », par certains professionnels, par la famille, parfois aussi déresponsabilisé par les croyances des uns et des autres : c'était prévisible, un rott c'est connu, c'est
agressif et çà mord etc. etc....
Touché profondément dans son affectif quand la seule aide qu'il trouve est de se heurter à un diagnostic de « chien dangereux » et à la phrase qui anéantie » il faut le piquer, il est potentiellement trop dangereux, vous êtes irresponsable et en plus c'est un bull terrier.... » (là je fais un clin d'œil à Victor et à son propriétaire qui, je sais, Victor qui est toujours vivant et qui n'a plus jamais mordu depuis plus de un an).
L'être humain en face de moi, la plupart du temps n'a pas de mot pour dire sa souffrance, son impuissance, sa colère, sa tristesse, et sa solitude devant la situation, devant le regard de jugement des « autres » alors la violence fait son apparition, quelque fois intériorisée, souvent extériorisée, la plupart du temps verbale, la responsabilité est portée sur l'autre, c'est pas ma faute, c'est la faute de ce sale « cabot », du voisin qui avait encore bu, de cette gamine hystérique, et mal éduquée (donc faute des parents de la petite fille) qui s'est approchée trop près, trop vite trop brusquement, de la personne âgée qui avait une canne et qui l'a levée, c'est elle qui a menacé mon chien etc.
Mais comment parler de soi quand l'autre a été mordu ? comment verbaliser des sentiments quand dans notre culture, nous avons été muselés depuis l'enfance, coupés de nous mêmes, n'avez vous jamais entendu cela ?, pour les garçons : arrête de pleurer on dirait une fille... pour les filles : arrête de pleurer, t'es bien une pisseuse....ne te mets pas en colère c'est pas bien...pourquoi t'es triste, t'as tout pour être heureux.... et puis arrête de rigoler, tu verras la vie n'est pas drôle tout les jours...arrête de rêver et fait ce que l'on te dit...arrête de t'écouter, t'es trop douillet, il faut se battre pour vivre dans notre société...arrête de pleurer ce n'était qu'un chien....
Déni des émotions, déni des sentiments, déni de la douleur, déni de la souffrance.
Alors comment parler? si ce n'est qu'avec l'aide du professionnel qu'il est venu consulter ? et en finalité pourquoi parler ?
Ce qu'il est nécessaire de comprendre, c'est que lorsque que je reçois un propriétaire de chien confronté à la morsure, je suis devant une personne qui vit un processus semblable au processus de deuil : le deuil d'une relation, le deuil d'une image, le deuil de l'amour donné à un animal.
Ce processus se décompose de la manière suivante :
* le choc avec la sidération : Certaines personnes décrivent cette sensation comme le fait d'être enveloppé dans un cocon ou d'avancer comme un somnambule
*le déni avec le refus de voir la situation : c'est pas vrai, c'est pas possible, il a juste pincé etc.
*la colère : accusation, culpabilisation, jugement, rejet, dégoût : c'est l'autre....
* l'abattement : fuite, dépression
* le fatalisme avec sa résignation : on a tout essayé etc....
*l'accueil avec l'intégration de la situation, la construction, l'apprentissage, l'anticipation, la projection : ok c'est arrivé, nous prenons conscience de l'événement et nous pouvons faire encore quelque chose....
Ce processus de deuil une fois entamé va systématiquement se faire, par contre l'intensité de chaque "étape" est différente suivant chaque personne. Chacune peut être franchie plus ou moins rapidement, elles se cumulent généralement les unes aux autres et ce processus se complexifie par un phénomène que nous pouvons comparer au "yoyo".
Des sorties sont possibles à chacune des "étapes". Toutefois, lorsque chaque étape n'est pas "bouclée", il est possible que la personne "replonge" plus tard là où elle l'a quittée.
Les propriétaires de chiens viennent vers moi dans une demande de relation d'aide, cette relation d'aide fonde ses principes sur le non jugement, le respect et la confiance dans l'être humain, c'est à dire que la personne à la possibilité de trouver en elle même les ressources nécessaires à la solution de ses problèmes.
En effet actuellement dans notre société tout est pratiquement basé sur une méfiance en la personne. L'individu est vécu comme incapable de choisir des buts qui lui conviennent, aussi doit-on les lui fixer.
Et on doit le guider vers ces buts, car autrement il pourrait s'écarter du chemin choisi, du chemin normaliste. Les enseignants, les parents, notre société développent des procédures pour s'assurer que l'individu progresse vers le but choisi.
Dans notre vie sociale ordinaire, quand « l'autre » a des idées trop différentes des nôtres, il arrive qu'on le trouve
déraisonnable, égaré, pour ne pas dire « un peu fou ». La « mode » est, hélas, plus de savoir convaincre que de savoir comprendre.
La personne est vécue comme un être foncièrement en faute, destructeur, irresponsable ou les trois à la fois. Et cette personne doit
constamment être surveillée alors qu'elle demande à être accompagnée.
Un autre caractéristique de la relation d'aide est le fait que je me concentre sur la personne même. Le foyer de l'intervention devient ainsi
la personne elle-même et non son problème. Ceci évite à l'écoutant la trop forte tentation d'y apporter des solutions immédiates : faire à la place de l'autre.
Cette façon de se centrer sur la personne lui permet aussi de faire abstraction de sa subjectivité, de ses sentiments personnels ou encore de sa façon de voir le problème : « la carte
n'est pas le territoire ».
L'écoutant doit développer sa sensibilité et son humanité. Il devra aussi accepter de s'approcher de l'autre avec un état de « non savoir », humble, afin de le rencontrer vraiment car dans une nouvelle rencontre, il s'agit toujours d'une page vierge à remplir. Les idées préconçues ferment la perception et sont les prémisses de la pensée unique.
Carl Rogers a été le premier psychothérapeute à mettre en lumière le rôle essentiel de la relation dans l'efficacité thérapeutique. Dans des publications parues entre 1940 et 1950, il décrit ce qu'étaient, selon lui, les trois conditions critiques permettant aux thérapeutes de promouvoir l'auto-actualisation de leurs patients :
Carl Rogers définit ainsi l'empathie : « ...être empathique consiste à percevoir avec justesse le cadre de référence interne de son interlocuteur ainsi que les raisonnements et émotions qui en résultent... C'est-à-dire capter la souffrance ou le plaisir tels qu'ils sont vécus par l'interlocuteur, en percevoir les causes de la même façon que lui... »
Plutôt que de chercher à promouvoir de meilleures méthodes, la recherche nous indique que la clé du succès réside dans l'habileté de l'écoutant à établir une bonne alliance avec son client.
Quelle que soit la méthode, le profil des clients, le problème ou l'étape de changement, l'empathie a un rôle déterminant, et
prédominant.
Pourquoi parler...pour la motivation et le changement
Le concept d'empathie est présenté en mettant l'accent sur son rôle déterminant dans la dynamique interpersonnelle de la motivation et du changement :
Un vieux modèle pour promouvoir une nouvelle compréhension :
Yerkes et Dodson ont montré, dès 1908, les conséquences que pouvait l'évolution du niveau d'anxiété sur les performances mentales. Ils obtiennent une courbe en forme de cloche, prouvant qu'à de faibles niveaux de stress et d'anxiété, de même qu'à des niveaux élevés, les fonctions cognitives et la motivation sont peu performantes.
Les capacités d'attention, de concentration, de compréhension, de réflexion et de mémorisation sont réduites. En conséquence, il importe avant même de pouvoir communiquer des informations ou de partager un point de vue, que l'individu soit en mesure de les recevoir.
L'expression d'empathie participe au soulagement de la détresse, et ramène le stress et l'anxiété à un niveau compatible avec un meilleur fonctionnement cognitif.
* Vous éprouvez une frustration par rapport à ...
* Vous ressentez un malaise ... de la rancune ... etc. ...
*vous avez traversé une épreuve particulièrement éprouvante..
Comprendre ce processus de deuil, accompagner chaque étape avec empathie est indispensable pour que le propriétaire du chien puisse accueillir la connaissance de son animal, accueillir le changement, le vivre avec motivation, envie, plaisir, et pouvoir alors concentrer son énergie dans la recherche de ses propres solutions
Je conclue par deux citations, celle d'Einstein qui disait « on ne règle pas le problème au niveau où il se situe, on travaille toujours
au niveau supérieur »
Ce qui est intéressant c'est de se dire alors que le symptôme qui nous est rapporté n'est rien d'autre que la conséquence d'autres comportements en amont.
Nietzche disait quant à lui que « l'homme est l'animal malade », c'est à dire malade de lui-même.
Si la connaissance et l'apprentissage de l'éthologie, en particulier de celle du chien est indispensable,la connaissance de la psychologie
humaine, le mode de fonctionnement de l'être humain et le « décodage » des relations humaines semblent également essentielles.
Les deux sont indiscutablement complémentaires et indissociables pour que nous, professionnels de la relation d'aide, soyons en apprentissage constant, pour le respect des propriétaires de
chiens, pour la survie de cette espèce : le chien, ce chien qui tant aimé, adulé est une nouvelle fois jeté à la vindicte sécuritaire d'un état parce que parfois.. parfois.. juste parfois il
manifeste le droit d'exister à sa manière, avec son langage.
Françoise Martin